Exposé

La recherche sur les sols agricoles : retour sur 25 ans de recherche ADEME 

Au départ axée sur l’étude du retour au sol des déchets, la recherche s’est ensuite concentrée sur la contamination des sols, avant de se tourner vers le stockage du carbone. Elle aborde désormais l’ensemble des fonctions du sol et les services écosystémiques qu’il fournit.


Caractériser les sols et structurer une communauté de recherche 

Depuis sa création, il y a plus de 30 ans, l’ADEME développe des actions sur les sols. Les premières actions portent sur la compréhension des niveaux de contamination causés par le retour au sol des boues de stations d’épuration ou de compost, ainsi que sur l’identification, la gestion et la réhabilitation des sites et des sols pollués. 

Ainsi, l’ADEME fait partie des membres fondateurs du Groupement d’intérêt scientifique (GIS Sol) et soutient différents programmes, comme la Base de données éléments traces métalliques (BDETM) et, depuis 2001, l’implantation du Réseau de mesures de la qualité des sols (RMQS). Ces programmes ont notamment permis de mieux caractériser les fonds pédochimiques anthropiques pour la gestion des sites pollués, et de réaliser un premier état des lieux systématiques de la qualité des sols de France métropolitaine et d’Outre-Mer.

En parallèle, le programme de recherche Gessol « Fonctions environnementales et GEStion du patrimoine SOL » est mis en place par le ministère de l’Écologie. L’ADEME financera la première session et animera les deux sessions suivantes. Ce programme a pour objectif de structurer une communauté de recherche et d’offrir aux décideurs publics et aux usagers des sols des connaissances et des outils opérationnels. Ces éléments seront nécessaires pour appuyer une future directive sur les sols, même si celle-ci ne verra le jour que plus de 20 ans plus tard. Le programme s’est terminé en 2016 après avoir financé 46 projets de recherche en 18 ans.

Dès 2004, l’ADEME met également en place le programme de recherche « Bioindicateurs de la qualité des sols » sur la composante biologique des sols afin de compléter les indicateurs physico-chimiques déjà disponibles. Les indicateurs biologiques, maintenant normalisés, contribuent à mieux surveiller la qualité biologique des sols et à comprendre la biodiversité et les services écosystémiques associés. Ces travaux vont permettre d’alimenter la normalisation en poursuivant l’harmonisation de pratiques communes, de méthodes et de critères techniques entre acteurs d’un même secteur. 

En effet, dès les années 90, l’ADEME soutient l’Association française de normalisation (AFNOR) et intègre certains de ses groupes de travail au sein du Comité européen de normalisation (CEN) et de l’Organisation internationale de normalisation (ISO) pour la mise au point de méthodes de caractérisation des sols. 

La vision stratégique de la recherche sur les sols portée par l’ADEME

À partir des années 2010, le rôle des sols dans l’atténuation du changement climatique devient un enjeu prioritaire : ils stockent entre trois et quatre milliards de tonnes de carbone, et de faibles variations de ces stocks influencent fortement le bilan Gaz à effet de serre (GES) des territoires. 

Dans ce contexte, l’ADEME lance l’APR REACCTIF intégrant l’amélioration des connaissances sur les flux de GES et les stocks de carbone des sols, afin de mieux évaluer l’impact des pratiques agricoles et d’améliorer les méthodes de comptabilisation. Parallèlement, l’étude menée par INRAE dans le cadre de l’initiative « 4 pour 1000 », présentée à la COP21, met en avant des pratiques de gestion des sols visant à augmenter leur teneur en matière organique de 0,4 % par an.

À la suite de ces différents programmes, l’enjeu de la gestion des sols devient systématique et le sol est considéré pour l’ensemble des fonctions écologiques qu’il rend : filtrer et stocker l’eau, favoriser et supporter la biodiversité, fournir des nutriments, réguler les contaminants, stocker du carbone, etc.

En cohérence avec cette vision, l’ADEME maintient son soutien à l’AFNOR et contribue à la mise à disposition d’une collection de normes sur la qualité des sols : pollution, caractérisation biologique, présence de (micro)plastiques, fonctions et services rendus par les sols, rôle dans le changement climatique. Fin 2024, elle finance l’étude collective d’INRAE, IndiQuaSol, qui a analysé 1 800 références scientifiques et identifié une cinquantaine d’indicateurs pour évaluer la qualité/santé des sols, portant sur leurs dimensions physiques, chimiques, biologiques et fonctionnelles. 

Orienter et structurer la recherche nationale autour des grands enjeux environnementaux et climatiques

Prenant la suite de l’APR REACCTIF, l’ADEME intègre la thématique de la protection des sols dans l’appel à projets GRAINE, centré sur le développement de la bioéconomie. Dans cet APR, les sols apparaissent comme un pilier essentiel de la bioéconomie durable, en rappelant que leur dégradation – perte de matière organique, érosion, pollution, baisse de fertilité – menace directement la capacité des territoires à produire et à valoriser durablement les biomasses. Les projets attendus doivent améliorer la santé des sols en développant des outils d’évaluation de leurs fonctions écologiques intégrant le changement climatique, et en analysant les impacts des pratiques agricoles, sylvicoles et des nouvelles filières biomasse.

L’ADEME porte ainsi une vision systémique et transversale des sols, qui la conduit également à les intégrer dans l’APR MODEVAL-URBA pour permettre aux collectivités de construire des stratégies d’aménagement qui tiennent compte de la qualité de leurs sols, permettant ainsi de préserver les terres agricoles. 

Dans le même temps, la nécessité de porter ces enjeux à la connaissance de la société conduit l’ADEME à participer au réseau Sciences et recherches participatives sur les sols animé par l’Association Française pour l’Étude du Sol (AFES), et à soutenir différents projets de l’APR TEES. L’enjeu est de faciliter l’action des territoires et leur appropriation par les citoyens. Des outils grand public, telle la Fresque du Sol, sont développés.